Votre œuvre d’art

Bonjour à tous !

Nombreux sont mes articles dus à mes petites heures d’insomnie. Si celles d’hier m’ont permis d’avoir de nouvelles idées (encore et toujours) pour le Cycle des Enfants de l’Univers, celles de ce matin m’ont donné à réfléchir sur l’écriture et plus particulièrement sur cette relation que l’on entretient avec les autres (lecteurs, critiques, éditeurs…).

Au départ, mon exemple très parlant portait sur la cuisine. J’avais déjà écrit tout un article dans ma tête sur votre gâteau préféré et je pensais que c’est ce que j’allais vous partager aujourd’hui, juste avant d’arriver à la fin et de penser aux œuvres d’art. C’est un peu un grand écart, même si, en soi, les gâteaux peuvent être des œuvres d’art comestibles. Pourquoi pas ? Toujours est-il qu’aujourd’hui, j’ai beaucoup de choses à vous dire, mais plus important, je veux juste vous offrir une piste de réflexion.

Il faut dire que je réfléchis beaucoup en ce moment aux moyens d’éditer mes romans et je ne me suis toujours pas décidée. Vous comprendrez alors que je reconsidère mon avis sur l’auto-édition, je réfléchis aux agents littéraires, aux éditeurs. Les chemins sont étalés devant, mais je ne sais pas encore lequel prendre. Ce n’est pas grave, j’ai du temps. Mais ces choix me font me poser de nombreuses questions sur mes romans, sur ce que j’ai à offrir, sur le « produit fini ».

Votre oeuvre d'art - (1)

Je ne sais pas depuis quand le modèle d’édition lambda existe, et je ne vais pas vous donner des chiffres car c’est loin d’être le but de cet article, mais je n’en ai pas besoin pour savoir que ça fait assez longtemps. Assez longtemps pour devenir une habitude. Une fois que vous avez terminé votre roman, si vous voulez le partager, soit vous le faites lire à votre entourage, soit vous l’envoyez aux éditeurs. Dans les deux cas, vous êtes confrontés pour la première fois aux regards extérieurs. Et généralement, ce qui arrive, c’est qu’on va vous dire ce qui ne va pas. Je ne dis pas qu’ils ne vont rien trouver de bien à votre roman, ni même l’apprécier, mais s’ils sont tout simplement honnêtes, ils vous diront ce qui, à leurs yeux, ne fonctionne pas.

Et si vous n’êtes ni trop têtus, ni trop naïfs, vous allez retravailler un peu votre manuscrit. Jusqu’ici, pour ceux qui ont déjà écrit un livre, rien de très anormal, car d’une certaine façon vous cherchez à savoir ce qui ne va pas pour améliorer votre roman. Donc en fait tout va bien. Ou pas vraiment.

C’est à ce moment-là que je vais vous parler des œuvres d’art. Que l’on parle de tableaux, de sculptures ou d’autres formes, jusqu’ici, et à moins que je sois très mal informée, cela ne nous vient pas à l’idée de dire : « Il aurait dû faire ça. » On ne dit jamais qu’il aurait dû mettre du rouge à la place du bleu, ni même qu’il aurait dû faire le petit doigt un peu plus long. On aime ou on n’aime pas. Mais combien de fois a-t-on entendu cette phrase, ou même prononcée cette phrase à la lecture d’un livre ? Même pour un livre terminé, édité, approuvé par des professionnels, on peut dire « Le personnage aurait gagné à être un peu plus débrouillard, ça aurait donné plus de force au roman. »

C’est bien pour ça que nous avons des critiques littéraires, mais pas besoin de faire ce métier pour juger un livre. En tant que lecteurs, nous sommes facilement tentés d’avoir une idée sur ce que le roman aurait pu être pour être mieux. Et jusqu’à ce matin, je n’arrivais pas à voir ce qui me chagrinait profondément dans cette situation. Puis j’ai fait le parallèle avec les œuvres d’art.

Votre oeuvre d'art - (2)

Votre roman est une œuvre d’art. Attention, je n’ai pas dit chef-d’œuvre — quoique, on ne sait jamais — mais, c’est une œuvre d’art. Votre roman, votre histoire, vos personnages sont le résultat de ce que vous avez voulu exprimer, partager. C’est un mélange de vos inspirations, de vos idées, de ce que vous aimez vraiment. C’est une œuvre artistique et créative. Et pourquoi (au nom de quoi ?) on devrait dire que votre expression devrait être meilleure ? Que ce que vous avez choisi pour partager, pour créer quelque chose qui vous tient à cœur, devrait être mieux que ça ?

Quand je me suis posée ces questions, ça a fait un gros silence dans ma tête. Parce que, en tant qu’écrivaine très douée pour se dénigrer et toujours à la recherche des imperfections, je ne fais que ça d’être attentive à ce qui doit être amélioré pour plaire. La première fois que j’ai partagé mon premier roman (le prédécesseur de Pandore) et que j’ai reçu un avis, ma petite tour intérieure s’est quasiment effondrée. Imaginez plutôt un échassier à qui il manque une échasse. Ça déséquilibre, parce que ça donne l’impression qu’on est aussi nul que son roman. La vérité, c’est que nos romans sont ce qui nous représente, comme une œuvre d’art représente un artiste, ses émotions, ce qu’il a pu ressentir ou vivre lorsqu’il a créé un tableau. C’est lui. Et c’est vous. Nous. Nous sommes des artistes. Nous nous exprimons, nous donnons tellement de nous-mêmes dans nos histoires. Et finalement, pourquoi ce qui nous représente, ce qui exprime la personne que nous étions lors de sa création, devrait s’adapter aux regards des autres, devrait plaire au plus grand nombre ?

Votre oeuvre d'art - (3)

Pour être honnête, cette question vient me chercher loin et peut-être qu’elle ne vous fera aucun effet. Mais nous sommes tellement habitués à l’idée que des personnes extérieures vont à un moment ou un autre s’investir dans notre œuvre pour l’améliorer que nous ne posons plus la question. Mais améliorer quoi ? Oui, nos romans sont imparfaits, mais combien de fois avez-vous lu des livres qui vous ne plaisaient pas du tout, qui étaient pourtant bien édités ? Être édité n’a rien à voir avec la perfection, ça n’a rien à voir avec l’amélioration de notre roman. Le mode d’édition normal, c’est offrir un morceau de votre âme, de votre vécu à une maison pour qu’ils le partagent. Mais pour ça vous devrez le modifier un peu et gagner moins que tout le monde. Et, même si mon article n’est pas là pour parler du pourcentage que gagne un auteur, ça fait partie du jeu.

Nos romans sont des œuvres d’art. Ce sont loin d’être que des personnages, qu’une histoire, nous sommes derrière tout ça, nous sommes avec eux. Comme un artiste utilisera des couleurs, des formes pour exprimer ce qu’il a en lui, nous créons des romans pour mettre en mots ce que nous vivons, mais nous donnons le pouvoir aux autres de changer cela. Aucun artiste ne laisse quelqu’un derrière lui lui dire de changer quelque chose, alors pourquoi nous ? Nous avons le droit d’améliorer nos romans, nous avons le droit de réécrire encore et encore pour qu’ils expriment ce nous avons en nous. Nous avons le droit de demander de l’aide, des idées, un avis. Mais une fois que nous considérons notre œuvre comme terminée, une fois que nous avons mis le point final et que nous savons, même s’il est imparfait, que ça y est c’est fait, au nom de quoi on irait changer encore quelque chose ?

Parce que lorsque vous êtes prêts à envoyer votre manuscrit à un éditeur, vous avez déjà donné de vous, vous avez déjà retravaillé. Et c’est fort probable que l’on refuse votre manuscrit, donc vous allez l’améliorer. Mais s’il est accepté, il y aura toujours du changement. Vous aurez toujours le droit de refuser, mais nous sommes tous tellement habitués à changer, à s’adapter pour plaire que nous oublions que notre roman est l’exacte expression de ce que nous avons en nous. Même quand il est loin d’être parfait.

Votre oeuvre d'art - (4)

Je ne sais pas si je réussis à exprimer ce que je veux dire, ni même si ce sera clair ou pertinent à vos yeux, mais je sens quelque chose de tellement fort en moi qu’il faut que ça sorte. Elizabeth Gilbert a demandé un jour « Voulez-vous vivre une vie créative ? » et ces mots me touchaient déjà beaucoup, mais je sens que je suis passée à l’étape suivante. Parce que mes romans n’ont pas besoin d’être aimés, ils ont simplement besoin d’être le résultat de ce que je veux exprimer. Refléter un peu de moi. Et c’est le plus important.

Elizabeth Gilbert posait cette question parce que nous avons tous tendance à vouloir trop travailler pour que ce soit parfait. Mais on n’a pas envie de travailler toute notre vie sur un roman, on a envie de s’exprimer encore et encore. Je n’ai pas envie de travailler sur mes œuvres pour qu’elles soient à la hauteur de la Chapelle Sixtine, parce que je veux exprimer des tas de choses, vivre des tas d’histoires et les raconter. C’est ça qui compte pour moi, m’exprimer et non pas changer pour plaire. Je veux être moi-même et offrir ma vision du monde.

Cet article n’est pas là pour dénigrer les éditeurs, l’avis des lecteurs, ni même les critiques littéraires car j’ai fait quelques critiques moi-même ; il est là pour dire que nos romans ont beaucoup plus d’importance que nous le pensons vraiment et que nous ne devrions pas nous attacher aux regards des autres. Parce que si les autres ne trouvent pas ce qu’ils cherchent dans notre œuvre, ils ont la liberté de l’exprimer eux-mêmes.

Ne vous privez pas de la liberté de votre expression, ne vous privez pas de ce que vous tient à cœur pour que quelqu’un aime votre roman. Exprimez-vous, simplement, soyez vous-mêmes et partagez ce que vous avez au fond de vous parce que c’est important. Parce que ça vous appartient. Des gens aimeront ce que vous faites, mais ne changez rien pour que ce soit le cas.

Je vous souhaite une excellente journée !

Bannière Caroline Dubois

{Images : Canva / Unsplash : RawpixelEepeng Cheong ; Kelly Sikkema}

Carnet de Notes #24

Ces derniers temps, j’ai plus d’un projet sur le feu. Je ne peux pas dire que je suis dépassée, puisque, pour continuer la métaphore, toutes les casseroles sont sur feu doux. Je ne suis pas pressée par le temps, ça peut cuire pendant des jours et des jours et ça ne sera pas un problème.

Mais avoir autant de projet en même temps — ce qui peut être stimulant me fait me poser quelques questions et aujourd’hui plus qu’hier, je suis concentrée sur le nœud du problème, oubliant pourquoi je suis autant passionnée par ce que je fais. J’écris parce que j’aime ça, je dessine parce que je m’améliore, je crée un nouveau site parce que ça me parle tout autant que le reste… Et je vois tout ça, en me demandant si je ne deviens pas folle, si je ne suis pas en train de me noyer pour ne pas avancer. Mais plus je tourne cette question dans ma tête, et plus je me demande pourquoi ces idées m’ont plu au départ, parce qu’elles ne sont pas venues par hasard dans ma vie. Tous ces projets m’apportent quelque chose de différent, m’enrichissent à plus d’un niveau et sur des thèmes variés et aussi inspirants les uns que les autres. Comment peuvent-ils m’être néfastes ?

Pour être honnête, je ne sais pas où je vais avec ce texte. Je n’ai probablement pas encore dénoué tous les nœuds, mais je crois que j’ai fini par comprendre quelque chose qui va peut-être m’aider à me détendre un peu, à me faire plus confiance. La véritable question que je dois me poser c’est : pourquoi dois-je me limiter ? Ce qui est fou, c’est que j’ai justement peur de faire toutes ces choses en même temps, comme si elles me freineraient, alors qu’en réalité elles m’apportent exactement ce dont j’ai besoin. Ces projets se soutiennent entre eux, me supportent moi. Et pour quelle raison devrais-je me limiter ? Nos doutes, nos peurs sont déjà très limitants et on devrait en plus se dire : « Non, écris d’abord ce livre. » Pourquoi ne pourrions-nous ne pas avoir plus d’une idée, plus d’un projet en cours de route ?

Cette pensée rejoint celle que j’ai eue il y a quelques mois de cela, quand j’ai commencé à entrevoir d’autres projets dans ma vie que l’écriture. Au départ, ça m’a énormément chamboulée, parce que j’ai toujours pensé que l’écriture serait ma vie. J’ai toujours pensé que je ne serais que ça. Et étrangement, quand j’ai commencé à aimer d’autres choses, à me passionner autant pour d’autres activités, c’est comme si je devais faire un choix. Je me suis mise dans un état de tristesse intense, comme si je devais abandonner l’écriture pour faire autre chose qui me plaisait tout autant. Mais bon sang, d’où me vient cette idée que je ne peux être qu’une chose à la fois ? Est-ce parce que je ne serais experte en rien ? Amatrice en tout ? Mais pourquoi je travaille sur tous ces projets si ce n’est avant tout pour moi, pour m’enrichir, pour vivre une vie créativité et pleine de sens ? Lorsque j’ai compris que je pouvais être autre chose qu’écrivaine, que je pouvais faire deux choses que j’aimais, je me suis sentie libérée. Et aussi soulagée, parce que je n’avais pas à abandonner une partie de moi pour une autre. Je suis multiple. L’écriture est, et sera toujours une part importante dans ma vie, mais ce n’est pas parce que je la chéris que je dois oublier toutes les autres composantes de mon être, que je dois ignorer les appels en moi qui me portent sur d’autres terrains, vers d’autres voyages.

Oui, j’ai plusieurs projets en cours, mais ma vie ne m’a jamais paru aussi riche qu’elle l’est aujourd’hui. Oui, ça prendra certainement du temps et la gestion de tout ça ne sera pas facile, mais j’ai confiance. J’ai besoin de faire confiance à mon intuition, à ce qui brille en moi. Je dois faire de l’espace pour tout ce que je suis au fond de moi. Mais plus que tout je dois arrêter de me limiter, parce que ça ne sert personne.

Aujourd’hui, je ne sais pas ce que la vie me réserve, ni comment ces projets vont évoluer. Certains peuvent changer encore, certains peuvent arriver en cours de route quand d’autres seront terminés plus vite que prévu. En vérité, je ne sais pas. Je n’en sais rien. Qu’est-ce que va devenir ce blog, mes écrits ? Je n’en ai pas la moindre idée. Tout ce que je sais c’est que l’envie qui m’a poussé à les commencer me porte encore aujourd’hui et m’encourage à continuer, peu importe mon rythme, peu importe la forme. J’ai tout simplement envie de me laisser porter par l’énergie de ces projets, me lever le matin en observant en moi ce qui me permettra d’aider un projet plutôt qu’un autre. De faire confiance en ce qui se passe plutôt que de planifier, tenter de contrôler à tout prix ma vie quand elle me dit de lâcher et d’accepter tout ce qui peut se passer. Mais d’avant tout, comme Elizabeth Gilbert le dit si bien, vivre une créative. Ne pas avoir d’attentes et apprécier le voyage autant que la destination. Si ce n’est plus.

Voilà, je ne sais pas ce qui vient de se passer, mais c’est qu’il y avait sûrement une utilité quelque part. Comme me détendre un peu ! ^^ Je tiens à remercier la bonne âme qui m’a permis de me souvenir du Carnet de Notes, puisque voilà déjà un moment que je voulais parler sans savoir comment. Les rencontres ont du bon et c’est en remarquant ces petits moments parfaits où tout semble être à sa place que je me dis que ma vie va s’aligner d’elle-même et que mes projets sauront cohabiter sous le même toit. Parce que la vie est une expérience et que peu importe le chemin que l’on emprunte, il sera riche d’apprentissages.

Et c’est tout ce que je demande.

Bannière Caroline Dubois

 

Désapprendre

Bonjour à tous !

Aujourd’hui je vais vous parler d’un sujet qui me donne à réfléchir depuis un certain temps. Comme beaucoup d’entre vous, je me renseigne sur l’écriture, les différentes techniques, les possibilités, les erreurs à éviter… On ne compte plus les articles, vidéos et autres essais sur le sujet nous promettant parfois une meilleure écriture, voire même un meilleur rythme.

Je crois que j’ai commencé à apprendre quand j’ai décidé de devenir écrivain. Devoir me confronter au monde de l’édition me demandait de m’améliorer, je ne voyais pas les choses autrement. Et aujourd’hui, je suis contente d’avoir fait ces recherches, d’avoir lu quantité d’articles, parce que ça m’a aidé. Toutes ces lectures m’ont appris à devenir meilleure, certes avec le temps, mais ça a profondément amélioré ma qualité d’écriture. Ça m’a ouvert à autre chose. Et pourtant, aujourd’hui, j’ai besoin de désapprendre.

Désapprendre - 1

L’intuition ne s’apprend pas, notre voix ne se découvre pas au milieu de ces articles… Plus les années passent et moins je m’accroche à ces articles comme à une vérité universelle. En découvrant que certaines personnes se contredisaient, j’ai bien fini par comprendre qu’il n’y avait pas un seul moyen d’écrire. « Show don’t tell », utiliser le verbe « dire » pour les dialogues ou au contraire choisir d’autres verbes, « comment construire son intrigue »… Que des thèmes qui sont intéressants à lire, mais je ne suis plus certaine de leur utilité. Car je crois qu’il arrive un temps où nous devons désapprendre. Peut-être pas oublier ce savoir, mais oublier de l’utiliser. Ne plus se concentrer sur lui en écrivant, parce qu’on finit pas toujours s’analyser et se juger sur le moindre faux-pas. Mais faux-pas selon qui ?

Il faut savoir que je ne crache pas dessus. Je ne dis pas que ces articles ne sont pas utiles, mais je crois que dans notre quête d’amélioration, on leur accorde trop d’importance. On oublie l’essentiel, on oublie de pratiquer et de faire des expériences. On oublie que l’on peut apprendre par nous-mêmes et plus que tout que nous sommes tous différents.

Combien de fois j’ai entendue des écrivains dire d’écrire tous les jours ? Et combien de fois j’ai culpabilisé de ne pas le faire ? Tout ça parce que je croyais en cette pratique comme en une vérité universelle et que si je n’écrivais pas tous les jours, alors cela signifiait que je n’avais pas vraiment la volonté de terminer mes romans. Si ces articles m’ont appris énormément, je pense qu’ils m’ont fait autant de mal par la suite, en m’aidant à culpabiliser, à douter de moi et de mes capacités. Parce que si je n’y arrive pas, vais-je seulement réussir à écrire un jour ?

Désapprendre - 2

On est loin, très loin du temps où je m’installais sur le fauteuil de mes parents et allumait leur ordinateur pour écrire une histoire qui venait de me cueillir en jouant de le jardin. Où est cette innocence, cette spontanéité ? Personne ne m’a appris à la chérir dans ces articles. Personne ne m’a dit que, malgré l’utilité de toutes ces leçons, le plus important était cette intuition, cette envie d’écrire ? Parce qu’avant je ne me préoccupais pas de mon écriture, ni de mon intrigue et encore moins de l’équilibre de mes personnages. Je racontais simplement une histoire et je ne misais pas ma vie dessus.

Cet article rejoint beaucoup celui que j’ai écrit sur la perfection, parce qu’en un sens l’envie de perfection vient avec tout ce qu’il nous reste à apprendre. On éprouve le besoin d’être meilleur par satisfaction personnelle, mais bien plus pour l’avis des autres. Et où est notre joie d’écrire derrière tout ça ? Derrière les verbes, derrière les mots qui font soi-disant de nous des amateurs, derrière les erreurs à éviter ? En quoi l’écriture, sous n’importe quelle forme, est une erreur ? Diriez-vous à un enfant qui écrit par passion qu’il est dans l’erreur ?

Vous savez que ce qu’il écrit est loin d’être parfait, mais vous ne pouvez que voir dans son regard la passion qui l’anime, qui lui donnera envie d’écrire un autre roman. Un autre roman qui sera de lui-même meilleur que le précédent. Et aujourd’hui, j’ai envie de me contenter de ça. Parce que je crois avoir fait le tour de tous les articles, d’une grande partie des sujets sur l’écriture et que je ne veux plus leur accorder d’importance. Aujourd’hui, j’ai simplement envie d’être curieuse, et pas d’être en apprentissage. Je veux écouter les pratiques des autres et me demander, en essayant, si ça ne pourrait pas me convenir. Mais je ne veux plus croire en ces articles comme si eux seuls détenaient la vérité sur l’écriture. S’il n’y avait qu’un seul conseil que l’on devrait donner aux écrivains, c’est d’essayer tout, mais de faire son propre chemin. Être curieux pour découvrir, s’ouvrir aux possibilités, mais continuer de faire ce qui lui convient le mieux.

Mais surtout, de continuer d’écrire comme s’il était un enfant. Nous ne devrions jamais perdre cette passion qui nous anime et qui nous poussera, quoi qu’il arrive, vers l’amélioration. C’est à travers les expériences que l’on apprend, à travers la vie et c’est ce que j’ai envie d’expérimenter maintenant.

Je n’ai plus envie d’apprendre l’écriture, j’ai envie de la vivre.

Je vous souhaite une bonne journée !

Bannière Caroline Dubois

{Images : Canva / Pixabay}

De l’idée au papier

Bonjour à tous !

Aujourd’hui, je dois dire que cet article sera un peu différent. Enfin… différent par son point de départ puisque je ne sais pas comment il va se terminer. Habituellement, j’ai toujours une idée générale de mon article, du thème que je veux aborder et de comment je peux parler de tout ce qui me semble essentiel. Aujourd’hui, c’est différent, puisque je vais commencer par une question à laquelle je n’ai pas de réponse !

Est-ce qu’on peut réellement retranscrire le roman que l’on a en tête sur le papier ?

Je ne parle pas là de magie ou de matérialisation par l’esprit, mais bien de notre écriture, de notre façon de transmettre nos idées grâce à des mots. Je ne sais pas si cet article va parler aux gens qui ne planifient rien pour leur roman, car cette question je me la pose depuis que j’ai des histoires entières dans ma tête et que je ne sais tout simplement pas comment les retranscrire avec exactitude.

Pendant des années, ça a été l’un de mes blocages (que j’espère bien faire sauter aujourd’hui) et je crains l’avoir encore avec La Voix d’Origine. J’ai cette histoire en tête depuis 2013 et peu importe les versions que je réussis à terminer, je les trouve fades, loin de mon imaginaire. Et c’est tellement frustrant ! Parce que, loin de moi l’idée de dire que cette histoire est parfaite — même telle qu’elle, sortant de mon imagination, elle pourrait ne pas plaire — mais comparée à ce que je réussis à écrire, c’est tellement différent. Et je crois que c’est l’une des raisons pour lesquelles je repousse sans cesse son écriture, parce que j’ai l’impression que le problème vient de moi. Peut-être n’ai-je tout simplement pas les capacités nécessaires pour l’écrire, peut-être me faut-il plus d’expériences ? Mais cela voudrait-il aussi dire qu’il faut énormément d’expériences pour retranscrire exactement une histoire imaginaire sur papier ?

De l'idée au papier - 1

À cette question, je ne suis pas sûre de répondre « oui ». Même s’il reste sûrement des faiblesses au Pacte du Magicien (et il faudrait déjà qu’il soit terminé), je suis plutôt satisfaite de mon roman tel qu’il est écrit. Il représente ce que j’avais en tête, ce que j’avais imaginé et même un peu plus. Et donc mon « expérience d’écriture » reste la même face à ces deux histoires, et même si La Voix d’Origine est un peu plus ambitieuse dans sa construction, je ne suis pas certaine que c’est le manque d’expérience qui m’empêche d’être satisfaite de ce que j’écris.

Parce qu’elle est là la vérité, je ne désire pas que mes romans soient parfaits, je désire tout simplement être satisfaite de ce que je produis, de retrouver quelque chose en ces romans qui ait un vrai lien avec ce que j’ai en tête. Alors par où ça passe ? Par l’expérience, par le lâcher prise, par le hasard ? Est-ce vraiment possible de retranscrire ce que l’on a en tête ou est-ce un rêve d’écrivain que nous devrions laisser de côté ? Parce que finalement, je peux bien être fière du Pacte du Magicien, penser qu’il est au plus proche de ce que j’ai de mon imaginaire, mais que les lecteurs ne voient pas du tout ce que j’avais imaginé au départ.

Je crois que s’attacher uniquement à notre vision de notre histoire peut nous enfermer dans un cercle vicieux. On peut bien être satisfait, mais les lecteurs auront de toute façon leur imaginaire propre. Donc finalement, cette frustration de ne pas rendre un roman tel qu’on l’imagine, ne vient-elle pas d’une peur de mal transmettre l’idée aux lecteurs ? Comme si ça ne servait à rien ? Est-ce que cela nous montre que, quoi qu’il arrive, l’histoire que l’on a en tête ne sera jamais réellement lue ? Et qu’on ne peut faire que de notre mieux pour la partager ?

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Si on pouvait transmettre notre histoire par télépathie, il y aurait quand même les goûts et les couleurs des lecteurs. Même si on écrivait avec exactitude ce que l’on a en tête, on ne maîtriserait pas la façon dont ils vont percevoir notre roman. Et c’est probablement la chose la plus triste en écriture, que ce que l’on imagine nous appartient et restera à jamais ainsi dans notre tête. Personne ne pourra voir exactement ce que l’on avait imaginé.

Alors, finalement, ma peur de ne pas retranscrire l’histoire de La Voix d’Origine telle qu’elle est, ne me pousse-t-elle à garder cette histoire pour moi ? Parce que même si j’arrive à dépasser ce blocage, à être satisfaite, les lecteurs ne verront pas ce que j’ai en tête. Je peux les guider au mieux, leur donner milles et unes images, mais c’est à travers leur vie, leurs expériences qu’ils vont regarder mon histoire. Car la vérité, c’est que personne ne porte les mêmes lunettes.

Est-ce qu’on peut retranscrire avec exactitude un roman ? Peut-être au point d’en être satisfait. Mais peut-on réellement retransmettre l’image de notre histoire aux lecteurs ? Je crains que la réponse soit non, parce que tout le monde ne porte pas les mêmes lunettes. Notre histoire deviendra une éternelle copie d’elle-même dans l’imaginaire des lecteurs et c’est quelque chose qu’on ne pourra jamais maîtriser. Tout comme on ne peut maîtriser ce que les autres comprennent de ce que l’on peut dire. Si on peut être satisfait de ce qu’on pourra lire de notre histoire, la partager au monde est de toute façon une prise de risque. Quelque chose que l’on ne peut pas maîtriser et qui vivra de lui-même par la suite.

Alors qu’est-ce qu’on peut faire ? Être satisfait de ce que l’on écrit, en comprenant qu’il y aura toujours des différences entre ce que l’on imagine et ce que l’on écrit (et que ce n’est pas grave.) Mais que rien n’est parfait et qu’on ne sera jamais à 100% sûr de ce que l’on a écrit. Parce qu’autrement on passera notre vie à réécrire cette histoire pour qu’elle soit parfaite, mais personne ne la lira jamais. Donc ça dépend. Ça dépend de ce dont vous avez réellement envie. Si vous souhaitez écrire des histoires pour vous-même, vous pouvez y passer votre vie. Mais si vous avez ne serait-ce qu’un peu le désir d’être lu, il faudra se lancer. Parce que vous ne maîtriserez pas l’imaginaire de vos lecteurs, que ce sera de toute façon différent. La seule maîtrise que vous avez, la seule responsabilité, c’est la façon dont vous regardez votre histoire.

Soyez fier, soyez satisfait, soyez heureux. Et faite de votre mieux.

Je vous souhaite une bonne journée !

Bannière Caroline Dubois

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Création | Une culture

Bonjour à tous !

Voilà qui devrait compléter l’article Création d’une langue dans lequel j’explique qu’il vaut mieux connaître la culture d’un peuple pour créer une langue plus crédible. Aujourd’hui, j’ai décidé de vous partager mes conseils, mon expérience en ce qui concerne mes cultures et aussi les questions que je me pose pour creuser plus loin. Créer une culture me plaît autant que d’inventer une histoire ou des personnages. C’est une étape qui me passionne de plus en plus. Donc, sans plus tarder, voici comment je procède pour créer une culture. (Restez jusqu’au bout, il y a une surprise !) 😉


Création

Les toutes premières cultures que j’ai créées se trouvent dans La Voix d’Origine, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles ont bien évolué depuis leur création. Comme tout dans la vie, plus on fait des expériences, plus on découvre d’autres exemples et plus on s’enrichit. Et si, à mes débuts, je me fiais bien souvent aux cultures classiques en Fantasy , voire faisait un copier-coller d’une culture bien de chez nous, j’ai changé mon regard depuis. Je me suis ouverte à des cultures plus complexes et crédibles pour mes romans il y a quelques années, mais c’est seulement l’année dernière que j’ai pris une vraie claque en lisant Brandon Sanderson.

Je me suis tout simplement rendu compte que ce que je créais, c’était du pipi de chat (ou de belette) ! Même si ma première réaction a été la jalousie voire la déprime, j’ai bien pris conscience par la suite que c’était un simple manque de savoir de ma part et que si je voulais m’améliorer, je pouvais toujours élargir mes horizons.

Élargir ses horizons

Voilà le premier conseil que j’aurais à donner et qui rejoint ce que j’ai pu dire dans la création d’une langue. On ne lira jamais assez de livres, on ne regardera jamais assez de documentaires, on ne voyagera jamais assez… Il faut sans cesse découvrir de nouvelles cultures pour comprendre toutes les possibilités. On ne se rend pas compte comment, enfermé dans notre quotidien et notre propre culture, certaines choses peuvent être à ce point différentes dans le pays d’à côté. Un exemple tout simple, ma sœur parlait de végétalisme avec une dame et celle-ci lui a tout simplement dit qu’elle ne savait même pas qu’il était possible de manger sans produits d’origine animale. Elle ne savait pas que ça existait culturellement ! On peut être tout aussi ignorant sur d’autres sujets et au lieu de s’en sentir gêné, honteux ou même stupide, on devrait tout simplement être plus curieux.

Création(1)

Ne vous limitez pas, osez !

C’est la leçon que j’ai retenue en lisant les romans de Brandon Sanderson. Il ne donne pas de limites à son imagination, ni même à ce qu’il veut créer. S’il a une idée farfelue ou tellement originale qu’elle retourne le cerveau, il ne va pas se dire « trop compliqué », mais plutôt « comment je fais pour réaliser cette idée ? ». Ça me rappelle d’ailleurs une anecdote que j’ai pu lire sur internet, écrite par un élève. Il racontait que son professeur dans un atelier d’écriture ne disait jamais qu’une idée était mauvaise ou que quelque chose dans le récit était nul. À la place, il demandait « comment ou qu’est-ce que je peux faire pour que ça fonctionne ? » C’est une question aussi pertinente pour le world building que pour la création d’intrigue, de personnage… Rien n’est mauvais, rien n’est trop compliqué, il suffit de trouver la solution pour que le tout fonctionne. Donc, osez !

Faites des mélanges

L’une de mes cultures dans La Nuit de l’Humanité se trouve être un mélange de cultures japonaise, tahitienne et amérindienne. Tiré par les cheveux, vous dites ? Je pense que si l’idée m’était venue simplement comme ça, j’aurais sûrement pris la fuite, mais le mélange fut harmonieux parce que je l’ai découvert en rêve. Je ne sais pas pourquoi mon esprit est allé chercher quelque chose d’aussi improbable, mais une fois réveillée, je n’avais pas d’autres choix que de croire en ce mélange tant il était crédible et qu’il apportait quelque chose de nouveau.

Si vous avez peur de ne pas créer une culture assez originale ou de tomber dans le déjà-vu, n’hésitez pas à faire des mélanges de ce que vous connaissez. Prenez des petits morceaux, par-ci par-là et vous verrez que les possibilités grandissent et que votre culture deviendra aussi familière qu’originale.

Éléments familiers

C’est un point qui devrait être la base de toute culture, que ce soit en Fantasy ou en Science-Fiction. Si on doit oser réaliser les idées les plus farfelues, le résultat final de votre culture doit être familier. Si votre lecteur ne réussit pas à croire à votre culture, alors tout lui paraîtra trop forcé, peu crédible. L’idée, c’est de trouver l’équilibre entre le neuf et l’ancien. Ayez de très bonnes idées, mais ajoutez aussi quelques éléments connus. Ça ne rendra pas votre culture moins originale, au contraire, ça la renforcera.

Connaissez votre culture, mais ne l’exposez pas

C’est un conseil qui rejoint la construction plus générale d’un monde et je ne cesse de l’appliquer. Connaissez votre culture, non pas sur le bout des doigts, mais au point de pouvoir répondre à une question à laquelle vous n’aviez pas pensé. Connaissez-la comme si vous l’aviez vécu, de façon à gérer l’improbable. Pour cela, notez tout, n’hésitez pas à vous poser des questions-pièges. Plus vous connaîtrez votre culture et plus elle sera crédible. Mais, ne donnez pas toutes ces informations.

C’est important pour l’écrivain de connaître les détails, mais vous n’écrivez pas un documentaire (à moins que ce soit le cas et c’est très bien aussi). Le lecteur attachera plus d’importance à l’histoire et ses personnages qu’au petit détail insignifiant de votre culture. Ne noyez pas votre lecteur sous les informations ; vendez-lui du rêve, parlez de votre culture avec passion et faites-lui ressentir son ambiance particulière, mais elle ne doit pas prendre toute la place. Comme tous les conseils, ils sont à prendre avec des pincettes et vous devez avant tout vous écouter, mais à mon sens, tout est une question d’équilibre et votre culture doit s’intégrer harmonieusement à votre histoire. Elle doit la servir, pas l’étouffer.


Comme d’habitude, tous ces conseils sont ceux que j’applique pour mes histoires. C’est ce qui fonctionne pour moi, c’est ce que j’aime et ce qui m’intéresse. Trouvez ce qui fonctionne pour vous !

Enfin, j’ai encore un petit quelque chose à vous partager. Cela fait quelques temps que je désirais trouver une fiche qui me permette de créer des peuples et des mondes, à ma manière. Et j’ai attendu, cherché avant de me décider à créer ma propre fiche. Disons le tout de suite, ce n’est pas une fiche « complète », « ultime », « de la mort qui tue ». Il manque sûrement beaucoup d’éléments et elle n’est certainement pas figée. La fiche évoluera avec moi, avec le temps et j’ajouterai ce qui me semble le plus pertinent pour la création d’un peuple. Mais toujours est-il que cela ne m’engage à rien de partager cette fiche pour en faire profiter ceux qui seront heureux de l’utiliser (ou pour les curieux, aussi !). Et puis, plus d’une dizaine de pages, c’est déjà pas mal, non ? 😉

Fiche – Création d’une culture

Vous pouvez donc l’imprimer, vous en inspirer ou l’ignorer, c’est comme vous le voulez ! En espérant que cet article vous a plu, je vous souhaite une très bonne journée !

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Carnet de Notes #23

Deuxième journée d’écriture un peu plus difficile que la première. Les mots ont mis du temps à sortir et j’avais une envie folle d’effacer le peu que j’écrivais. On ne sait jamais quand les difficultés nous tomberont dessus ; à peine commencer, le mental revient au galop et me dit que ce n’est pas bien, que ce n’est pas assez ou alors trop, bien trop… C’était pourtant une scène importante et comme à chaque fois je trouve à redire : « Tu vas trop vite, ce n’est pas ce que tu avais en tête. »

On a vite fait de douter de soi et de ce que l’on crée. Et si j’ai réussi à tenir durant l’écriture, une fois mes milliers de mots écrits, mes doutes tournaient encore dans ma tête. Au début, je m’accrochais, essayant de chercher absolument une solution à mon problème, à ce qui ne convenait pas. Et je me suis rendu compte que ça me faisait plus de mal que de bien. En me concentrant sur le problème, je ne voyais plus que lui et mes doutes prenaient le relais — comme si c’était une preuve de mon incapacité. Amusant de voir comment d’une journée à l’autre les émotions changent ?

Mais là, tout de suite, je suis en paix avec moi-même. J’ai dû prendre le temps de m’éloigner un peu, de m’isoler pour laisser s’exprimer ma crainte et l’écouter avant de pouvoir prendre le recul nécessaire et voir la situation dans sa globalité. Je n’ai pas écrit mon dernier article pour rien, écrire un premier jet est une expérience nouvelle chaque jour qui passe et je dois trouver l’équilibre en moi pour m’accrocher à ce qui compte vraiment. Terminer, ne pas parfaire. Aller jusqu’au bout, même si un chapitre est trop court, ou au contraire trop long. Même si je vais vite. Créer une base pour mieux retravailler après et comprendre que de toute façon, une fois l’histoire terminée, je n’aurais plus le même regard sur ce que j’ai écrit.

Je ne sais pas d’où me vient ce besoin de parler depuis hier et je ne sais pas si je vais prendre l’habitude de parler de mes sessions d’écriture. Je verrais au jour le jour, car, comme le reste, je m’écoute, j’expérimente. Et il faut dire aussi que le Carnet de Notes est fait pour ça.

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Carnet de Notes #22

Je viens tout juste de terminer une session d’écriture et je souhaitais vous partager le magnifique moment que je viens de vivre. Pour en avoir parlé dernièrement dans l’article Le premier jet, on sait qu’écrire peut parfois être dur. On doit sans cesse dépasser nos doutes et nos peurs pour terminer nos histoires. Mais parfois, il y a des moments de grâce qui, en plus d’être uniques, en plus de nous faire vivre une émotion sans pareille, nous donnent encore plus envie de croire en ce que l’on fait.

Aujourd’hui, j’aimerais vous partager un moment que j’ai déjà mentionné une fois dans mon article Ce que j’aime le plus lors de l’écriture. Et ce moment en particulier, c’est quand un personnage prend pleinement sa place et se révèle de lui-même. Le personnage dont il est question n’avait pas une immense place dans mon roman. Pour moi, c’était une personne discrète, qui parlait peu et qui serait toujours en retrait, un personne qui aurait une place à cause de sa relation avec le personnage principal, mais qui n’aurait pas un rôle déterminant dans l’histoire.

Et pourtant, tout ce qu’on peut planifier avant l’écriture est loin d’être définitif. Ce que l’on pense de nos personnages ne nous montre pas ce qu’ils vont réellement devenir en se matérialisant sur le papier. Et c’est ce qui est arrivé pour cette femme qui en apparence n’avait pas d’importance, mais se met à me montrer toute sa grandeur, toute son essence et son potentiel en quelques phrases. D’un simple thé pris entre deux personnages s’est révélée une femme au cœur incroyable, qui a peut-être des faiblesses, mais qui est forte par sa présence. En quelques mots, elle a réussi à révéler toute sa bienveillance et me toucher au cœur, me montrer que même si elle n’est pas importante pour l’histoire, elle le sera pour ce personnage et que je ne peux rien faire d’autre que lui laisser la place.

Je sais que les mots que l’on écrit viennent de nous, mais ceux-ci, venaient d’elle. Et j’en aime d’autant plus mon histoire, j’en aime d’autant plus mes personnages et ça me donne le courage de terminer ce premier jet pour découvrir d’autres surprises. Oui, écrire ça peut être dur, mais parfois c’est tellement magique que tous ces moments valent le dépassement de soi.

Finalement, ce personnage a gagné sa place par la force de son cœur et, pour être honnête, ça me fait du mal de savoir quel sort je lui ai réservé. On n’a pas toujours le choix, mais au moins je sais que quelque chose de plus grand ressortira de cette relation et je suis reconnaissante d’avoir pu vivre cet instant unique qui restera gravé dans ma mémoire.

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Le premier jet

Bonjour tout le monde !

Ces dernières semaines, je profite de l’été et du calme ambiant pour revoir ma perception de l’écriture et mieux comprendre ce qui me convient. Comme on le sait, on peut bien lire les conseils de différents auteurs publiés et ils n’auront de toute façon pas la même manière d’écrire, ni d’interpréter l’écriture. Et même si j’avance doucement sur ce chemin, j’essaye encore de me débarrasser de l’idée que je me fais de l’écriture pour mieux comprendre ce que j’aime vraiment. Il n’y a pas qu’une façon de réussir et il suffit simplement de trouver la sienne.

Toujours est-il qu’aujourd’hui je vais vous parler d’une forme de réussite, celle de terminer un premier jet. Je ne sais pas pourquoi, mais même avec les années qui passent et mon expérience qui grandit, je suis toujours terrifiée par les premiers jets. Premier jet, première version, brouillon, appelez ce tout premier écrit de votre roman comme vous le voulez, puisque ça ne change rien à cette étape importante. C’est l’étape qui matérialise vos idées, qui donne vie à vos romans et chez moi, c’est l’étape la plus effrayante.

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Je ne sais pas où je suis allée chercher l’idée que si mon premier jet n’était pas parfait, alors je n’avais pas de talent. Je crois que je vous en ai déjà parlé sur ce blog, mais difficile de retrouver une phrase quand on a près de trois cents articles ! Mais on peut dire que cette peur ne date pas d’hier. En vérité, je crois qu’elle date de l’écriture de Pandore.

Avant de décider de me dévouer à l’écriture, d’écrire peu importe si j’en faisais mon métier ou non, j’écrivais quand même, mais cette pression n’existait pas. Bon, j’avais bien une autre peur qui consistait à ne jamais terminer un roman et on peut dire que ça n’a jamais vraiment disparu. Je me suis juste réconciliée avec cette peur. Je sais qu’elle est là, je lui laisse une petite place à côté de moi si elle a envie d’exister, mais comme disait Elizabeth Gilbert dans son roman Comme par magie, on lui laisse une place mais elle ne doit prendre aucune décision.

Disons donc que je n’ai pas encore réussi à faire la paix avec la « peur d’écrire un premier jet imparfait ». Depuis Pandore, depuis que je me suis « engagée » à publier mes romans un jour, je ressens beaucoup plus la pression du regard extérieur. Puisque c’est un peu de cela dont il s’agit. Je pouvais toujours écrire mal et abandonner mes romans quand j’étais petite ou adolescente, personne n’était là pour me juger puisque personne n’était au courant. Non, après que j’ai commencé à faire lire mes romans, je m’en suis voulu de ne pas pouvoir offrir quelque chose de parfait aux lecteurs. Et tant qu’à faire, parfait du premier coup !

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En écrivant ces mots, ne vous détrompez pas, j’ai bien conscience de l’idiotie de mes propos, mais qui a dit que les peurs étaient intelligentes ? Tant qu’on n’est pas en danger de mort, la peur n’est pas si utile que cela. Et pourtant elle se déclenche — pour le coup, chez moi, elle a toute sa liberté d’expression et n’hésite pas à se prononcer dès que je sors de ma zone de confort. Mais je m’égare. Ce que je veux partager avec vous aujourd’hui, c’est que pendant des années j’ai eu peur de rater et lors de ces dernières semaines j’ai appris à me moquer de ce que j’écrivais.

J’ai commencé à écrire une histoire qui n’avait aucune valeur, et bien sûr, puisqu’elle n’avait pas d’importance, j’ai réussi jusqu’ici à en écrire des pages et des pages. L’inspiration ici n’est pas bloquée puisque je la laisse s’exprimer comme elle le souhaite. Je ne dis pas que cela ne m’a pas fait grincer des dents. Parfois je trouvais mon écriture tordue, d’autres fois sans saveur, mais en même temps, j’étais en train d’écrire un roman qui n’avait pas d’importance et qui ne sera jamais lu (croyez-moi, personne ne mettra la main dessus !). La façon dont je pouvais écrire ce roman importait peu et si, en plein milieu, j’écrivais un paragraphe pourri, alors ça ne changeait rien. Et écrire de cette façon est vraiment libérateur !

Mon seul souci, c’est d’arriver à écrire les romans qui ont le plus de valeur pour moi. Parce qu’il est là le vrai problème. Ces romans sont tellement importants à mes yeux que si j’écris un paragraphe nul et que je continue, j’ai l’impression de les trahir. J’ai l’impression d’échouer, de ne pas rendre justice à l’histoire que j’ai en tête. Et pour être honnête, c’est ce qui me bloque à chaque fois, parce que j’accorde beaucoup trop d’importance à mon écriture lors du premier jet.

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Et pourtant. Et pourtant je me suis rendu compte d’une chose très importante et qui a changé ma perception du premier jet.

Le premier jet est et restera à jamais la pire version de votre roman.

Vous pouvez le tourner dans tous les sens, puisque vous allez réécrire de toute façon, le premier jet restera la pire version de votre roman. Et c’est à la réécriture que la vraie magie opérera. Même en écrivant régulièrement, on garde cette image en tête de l’écrivain qui écrit, mais pas de celui qui réécrit. On ne dit pas réécrivain après tout. Et pourtant c’est ce que nous sommes, tour à tour écrivain et réécrivain. On passera plus de temps à réécrire nos romans qu’à les écrire. Donc finalement, quelle importance ? Quelle importance que ce premier jet ait de terribles erreurs, qu’il soit mal écrit, qu’il y ait carrément des paragraphes à jeter, puisque de toute façon, ce ne sera jamais votre version finale ?

Vous avez besoin d’écrire ce premier jet autant que moi, puisque c’est ce qui va donner vie à votre roman. C’est la merveilleuse manière grâce à laquelle vous allez matérialiser avec des mots ce qui se passe dans votre tête. Et ce qu’il y a d’encore plus magique c’est que ces mots créeront à eux seuls une image dans la tête du lecteur. L’écriture, c’est de la magie et chaque nouveau roman est un nouveau sortilège. Et on ne réussit jamais ces sortilèges du premier coup, c’est bien connu !

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Vous n’avez pas besoin de réussir ce premier jet, vous avez besoin de le terminer. C’est l’unique but que vous devez avoir lorsque vous en êtes au premier jet. Terminer votre roman, de façon à ce que vous ayez un début, un milieu et une fin. Ça ne veut pas dire que vous devez l’écrire n’importe comment pour autant. Faites de votre mieux, toujours, mais ne donnez aucune importance à ce qui est nul. Ce qui est à modifier, à jeter, à reprendre et à effacer, tout ça n’est pas important. Ça ne veut pas dire que votre histoire ne l’est pas, mais que votre écriture l’est.

Sur ce premier jet, et pour tous vos futurs projets, votre écriture n’a pas d’importance. Concentrez-vous sur la construction de votre histoire, sur comment vous faites évoluer vos personnages. Ne vous concentrez pas sur la forme, mais sur le fond. Et ce, puisque l’écriture aura de l’importance lors des prochaines versions. Vous avez seulement besoin de donner vie à votre histoire, de lui permettre d’exister et je vous promets que votre roman ne fera que s’améliorer. Et il sera loin d’être un échec.

Écrivez, c’est tout.

Je vous souhaite un bon été !

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P.S. : Eh oui, comme une envie d’agrumes pour cet été !

Création | Une langue

Bonjour à tous !

Créer une langue est loin d’être aussi inaccessible qu’on le pense. Et si aujourd’hui, je ne suis toujours pas une experte en linguistique, j’ai fait du chemin depuis mes débuts. J’ai expérimenté des façons de faire différentes, j’ai lu beaucoup d’articles et fait des recherches pour réussir à créer quelque chose de logique, quelque chose de crédible. Comme dans tous les autres articles Création, je ne donne pas le plan à suivre, tout ce que je vous propose n’est qu’une succession d’outils qui me sont utiles aujourd’hui pour créer une langue. Et puisque je travaille sur plusieurs langues différentes pour mes romans des Enfants de l’Univers, j’ai pu voir ce qui était essentiel. Et donc, je vais vous partager tout ça !


Création

Avant de vous partager mes astuces, je dois vous parler un petit peu de mon parcours. La première langue que j’ai créée est l’eiraN et pendant des années j’ai cru que ce serait la seule, vu la quantité de travail qu’il me restait à accomplir. C’était mon rêve depuis que j’ai tout simplement découvert les langues de Tolkien et au départ, je n’osais même pas me lancer parce que je n’avais pas son savoir, ni même son expérience. Pour moi, c’était tout simplement impossible et j’avais très peur de me ridiculiser. Jusqu’au jour où je me suis dit que je n’étais pas obligée de montrer cette langue, ni même de l’inclure dans mon roman si je ne voulais pas, mais qu’il serait bien trop dommage de ne pas essayer. Et donc, je me suis mise au travail.

Autant le dire tout de suite, mes débuts étaient plutôt moches. Les mots que j’inventais n’avaient aucun lien entre eux, je pouvais tout aussi bien dire « glidux » que ça aurait pu rentrer dans le vocabulaire de mon monde. Enfin… peut-être pas non plus ! ^^ La vérité, c’est que je ne faisais attention à rien, je ne faisais qu’inventer au fur et à mesure, traduire mot à mot. Il n’y avait pas d’âme, ni de sens à ma langue. Cela a duré un peu plus de deux ans il me semble avant que je ne reprenne tout depuis le début, cette fois-ci en ayant la révélation de ne pas me servir du français pour la base, mais du latin. Le latin étant lui-même la base de notre langue, en me plongeant dans sa construction, j’ai réussi à mieux saisir comment une langue fonctionne et comment elle doit être créée. Je découvrais les liens entre les mots, je découvrais ce qui m’était utile et ce qui ne l’était pas, et au fur et à mesure, ma langue avait déjà plus de sens. J’ai eu une deuxième révélation avant que ma langue ne devienne celle qu’elle est aujourd’hui, ce qui m’a permis de lui apporter encore plus de détail et de sens grâce aux préfixes et aux suffixes.

Toujours est-il qu’après cela, je pensais encore qu’elle serait la seule. Ma langue sera à jamais inachevée puisque la charge de travail qu’elle représente me demanderait une vie entière à lui consacrer. Mais ce que j’ai réussi à faire, c’est créer une base assez solide pour me permettre de reprendre le travail quand je veux et de pouvoir créer un mot au besoin sans déstructurer ma langue en entier. Alors, c’est cela que je vais vous proposer aujourd’hui, des outils pour créer une base assez solide pour la langue que vous souhaitez inventer.

Cette base, je l’ai utilisée pour deux autres langues, le saharsin et le serendien ; et grâce à tout ce que j’ai pu apprendre, j’ai mis beaucoup moins de temps à les créer. En saisissant le sens d’une langue, je comprends ce qui est utile et je vais directement à l’essentiel.

Une langue

Premier conseil : La prononciation

C’est ce par quoi j’ai commencé, même lorsque ma langue ne ressemblait à rien. Un mot germanique n’a pas la même sonorité qu’un mot chinois, pas plus qu’un mot arabe. La prononciation est la première étape et celle qui peut vous aiguiller à travers la création de votre langue. Et pour ça, vous allez devoir faire un truc un peu ridicule : parler dans le vide. Testez les sonorités, inspirez-vous des autres langues, parlez n’importe comment jusqu’à trouver un mot qui vous plaise et qui définisse le genre de votre langue. Les mots que vous dites au hasard ne vous serviront peut-être pas à l’avenir, mais au moins ils vous permettront de saisir la sonorité, ce que vous voulez pour votre langue. L’une de mes astuces est d’enlever quelques lettres à notre alphabet, et dès que c’est chose faite, la sonorité est directement changée et étrangère. Pour le serendien et le saharsin, des lettres manquent, pas les mêmes, et cela les distingue automatiquement l’une de l’autre.

Par la suite, vous pouvez dresser une liste de syllabes qui vous permettront d’avoir sous les yeux les possibilités de votre langue, mais aussi les différentes associations possibles.

Exemple pour le Saharsin : za har osn nes ka kin san hen nè on ek nu al qen man tel tal cu ga he vah res gen los fin al sen raz ash mn ars ni nh

Deuxième conseil : L’écriture

Connaître la façon d’écrire de votre peuple sera une base importante pour votre langue. Nul besoin de créer l’écriture en tant que telle, mais la connaître simplement suffira. Votre peuple privilégie la précision ou bien le symbolisme des choses ? La précision vous permettra d’imaginer une écriture plutôt alphabétique, tandis que le symbolisme vous mènera davantage vers une écriture syllabaire ou constituée de hiéroglyphes.

Par exemple, si vous savez que votre culture privilégie le symbolisme, un mot aura plusieurs sens différents selon l’interprétation et la situation. Une écriture syllabaire offre un immense choix de création, car un symbole servira plusieurs fois et c’est par son association avec un autre symbole qu’un mot se formera. Ce ne sont que des exemples, car il existe encore de nombreux autres systèmes d’écriture : pictographique, idéographique, phonétique, alphabétique, logographique… Le sens de la lecture peut aussi rentrer en compte, tout comme l’époque de votre monde et leur évolution : est-ce qu’ils gravent sur la roche ou le bois, ou bien ont-ils déjà du papier ? Par exemple, si votre écriture se fait par la gravure, il y a de fortes chances que votre peuple ait une écriture faite de symboles ou de gros caractères et choisisse des phrases plus courtes pour communiquer, ce qui influencera leur langage.

Troisième conseil : Connaître son peuple et sa culture

La langue est l’empreinte même d’une culture, ne pas prêter attention à son peuple lorsque l’on crée une langue est déjà une première erreur. Pas besoin d’avoir une culture déjà complète et écrite. Je sais que le world building prend du temps et qu’il reste toujours quelques petits trous. Ce qu’il faut, c’est connaître l’essence même de votre peuple et connaître leur environnement. Dans une région plutôt venteuse, un peuple aura de nombreux noms différents pour le vent, tout comme ceux vivant dans une région enneigée auront des termes précis pour différentes intempéries. Avoir des termes de ce genre, en plus de rendre votre peuple ou votre culture plus authentique, vous permettra de mieux comprendre comment votre langue doit être créée. Un ami m’a dit un jour : certains peuples voient dans la cheminée de quoi se réchauffer, d’autres y voient le lieu dans lequel on cuisine. Qu’est-ce qui ressort de votre culture, qu’est-ce qui est important pour eux ? Une culture qui voit le feu comme un outil pour se réchauffer aura un terme qui se rapprochera du feu ou de la chaleur, tandis que ceux qui voit là un espace pour se retrouver en famille, autour du pilier de la maison, appelleront ça le foyer.

Ce qu’il faut comprendre en créant une langue pour son roman, c’est qu’avoir des milliers de mots ne sera jamais ce qu’il y a de plus utile. J’ai pendant longtemps cru à tort que c’était par la quantité que ma langue serait crédible, alors que c’est par la qualité, par la précision qu’on trouve une logique, un sens à ce que l’on crée. Qu’est-ce qui est le plus important pour votre peuple ? Regardez à travers leurs yeux et cherchez à savoir comment vous communiqueriez si vous étiez dans leur peau, si vous aviez vécu dans leur culture.

Quatrième conseil : Commencer un dictionnaire / une liste de vocabulaire

Créer une liste de mots sera déjà une façon de ne pas vous perdre et de sauvegarder votre travail, mais aussi une façon de mieux observer la structure de votre langue. Une fois que vous connaissez la culture, l’écriture et la prononciation de votre langue, il est temps de commencer à créer des mots. Tenir une liste vous permettra de découvrir au fur et à mesure l’évolution de votre langue et pour cela, j’ai encore quelques conseils à vous donner.

Tableau

  • Faites attention au sens de chaque mot : Comme je vous le disais plus haut, au départ, je créais des mots au hasard. Peut-être que ce n’est qu’une erreur de jeunesse (j’avais 16 ans) et que cela ne vous viendrait pas à l’idée, mais c’est tout de même un point sur lequel il faut être vigilant. Ne faites pas du mot-à-mot, comprenez d’abord le mot avant de créer un équivalent dans votre langue. D’où vient-il ? Que signifie-t-il ? De cette façon, j’ai découvert des mots dans ma propre langue qui n’avaient en apparence rien à voir, alors qu’ils étaient liés par leur origine. De fait, si vous découvrez qu’un mot que vous cherchiez à traduire pour votre langue n’a pas le même sens que celui que vous vouliez lui donner, vous pouvez le créer de toutes pièces.
  • Vérifiez vos autres mots : Dans le même ordre d’idée, quand on commence à avoir une liste de vocabulaire importante, vous devrez sans cesse vérifier si vous n’avez pas déjà un mot qui pourrait vous servir pour en créer un nouveau, ou même un mot qui pourrait s’apparenter à celui-ci. S’ils sont apparentés, alors ils doivent se ressembler. Que vous n’utilisiez qu’une partie du mot, un suffixe ou le terme en entier, vous devez vous servir de ce que vous avez déjà sous la main pour la cohérence de votre langue. Pour éviter un drame, j’utilise un tableur Excel grâce auquel je peux trier par ordre alphabétique. Je peux toujours utiliser la zone de recherche pour voir si un mot n’existe pas déjà et l’utiliser si besoin est.
  • Notez les origines de votre mot vous sera de la plus grande utilité. Dans cette même liste/dictionnaire, notez la façon dont ils sont construits. (voir tableau ci-dessus). Préfixes, suffixes et autres termes desquels ils tirent leur origine, plus vous prendrez de notes dans le processus de création de vos mots, plus vous éviterez le moment où vous rendez compte que vous avez oublié un mot qui tirait la même origine que celui que vous êtes en train de créer. Croyez-le, pour avoir vécu des moments où je devais retravailler des dizaines de mots (alors que j’y avais passé des heures), ça sauve la vie.

Cinquième conseil : Oublier votre langue natale

S’il faut vous aider de la structure des langues existantes, sortez la tête du français sera la meilleure façon pour vous de comprendre la diversité des langues et des possibilités. Nous sommes habitués à nos mots, à notre alphabet, à notre culture et de fait, nous manquons des tas d’idées et d’astuces pour enrichir notre propre langue. Je dirais même, évitez au possible les langues actuelles qui sont remplies de mots dont vous n’avez pas besoin. Nous avons des langues qui sont enrichies par des siècles de cultures différentes. Revenez à l’essentiel. Enfin, prenez garde aux expressions bien de chez nous qui pourraient créer des anachronismes, votre personnage ne peut « aller bon train » s’il n’y a pas de gare dans votre monde. Soit vous utilisez une autre expression, soit vous devez inventer quelque chose. Ce sont dans les petits détails que se cachent les incohérences.

Sixième conseil : Conjugaison / Grammaire

Dans la même direction que le conseil précédent, il est important de découvrir les autres structures des langues, mais cette fois-ci par rapport à leur grammaire et leur conjugaison. Il faut prêter attention à l’ordre des mots dans vos phrases ; qu’est-ce qui est essentiel pour votre peuple ? Le plus important pour eux a plus de chance de se trouver en début de phrase qu’à la fin. De même que les pluriels n’ont pas à être marqués par un S. Enfin, la conjugaison. Votre peuple a-t-il besoin d’autant de temps de conjugaisons pour leur langue ? Pour ce conseil-là, difficile de vous donner toutes les pistes, mais je vous invite vraiment à vous renseigner sur les autres grammaires et conjugaisons du monde pour vous ouvrir à autre chose et aussi vous permettre de trouver une base plus simple. Le plus simple votre langue sera, le plus vous irez loin. C’est déjà assez compliqué comme ça !

Septième conseil : Création de mots exclusifs à votre monde

Avoir une langue entière est une façon comme une autre de créer une singularité de plus à notre monde, mais quand est-il des rois, reines, marchands et autres chevaliers ? Ces termes que l’on retrouve beaucoup en Fantasy (dans le cas de la SF ou du Space Opera, on peut dire Président, Général, etc.) et pourtant on peut faire autrement. Au lieu d’avoir un mot qui serait traduit par Prince, par exemple, vous pouvez créer un rôle unique qui aurait des similitudes (fils d’un dirigeant) sans pour autant faire de lui un prince. Ce conseil se rapproche de plus en plus de la création même de votre monde, mais cela fait aussi partie de votre langue. Par exemple, dans La Nuit de l’Humanité, le plus haut dirigeant est nommé Emisahar. Emi veut dire haut et sahar vient du nom du pays. De cette façon, on ne parlera pas du roi ou de l’empereur de ce monde, mais de l’Emisahar. Et cela donne immédiatement une ambiance particulière.

Le petit plus : Détourner notre propre langue

Cela ne concerne pas à proprement dit la langue que vous créez, mais plutôt le vocabulaire courant de votre peuple. Plutôt que de créer trop de mots et de noyer votre lecteur, vous pouvez aussi, avec nos mots, créer quelque chose d’utile et d’unique, comme le fait Brandon Sanderson dans les Archives de Roshar. Dans son texte, le peuple parle de Sombre-iris, Pâle-iris ou s’adresse à un noble en l’appelant Clarissime… Si ces termes sont propres à son monde et à la culture qu’il a voulu créer, ces mots qui dans leur association/construction nous sont inconnus n’en restent pas moins originaires de notre langue (traduction de Mélanie Fazi). Créer une langue, oui, mais utiliser la richesse de notre vocabulaire en plus de cela, c’est encore mieux !


Il existe de nombreuses façons de jouer avec notre vocabulaire, de créer des mots uniques et d’enrichir la langue que nous souhaitons inventer. Ne vous limitez pas, faites des recherches, étudiez à votre échelle les autres langues et observez comment celles-ci se créent, comment elles changent. Tout ce que j’aurais à ajouter maintenant, c’est de croire en vous. Écrire une langue, c’est possible. Cela prend du temps, parfois vous arracherez les cheveux, vous allez passer du temps dans les dicos et dans les étymologies. Parfois vous ferez des erreurs qui vous demanderont de retravailler une grande partie de votre langue. Au même titre qu’un roman, créer une langue demande de la patience et de croire en ce que l’on fait.

Je ne peux vous dire le nombre de fois où j’ai voulu jeter l’éponge et pourtant aujourd’hui, si le chemin a été long, je suis fière des langues que je crée et je sais qu’il y en aura encore beaucoup d’autres, et que les prochaines m’apprendront encore plus de choses. Lorsqu’on est de simples écrivains avec de grands rêves, on ne doit pas se gâcher le plaisir en se disant que la création d’une langue nous rendrait ridicules parce qu’on n’a pas le savoir nécessaire. Oui, il y aura des failles, oui, il y aura des erreurs, mais tant que vous serez passionnés et patients, vous serez loin d’être ridicules.

Au contraire, vous aurez de quoi être fier de vous !

Je vous souhaite une bonne journée !

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Ce qui est essentiel

Bonjour à tous !

C’est assez paradoxal de le dire de cette façon, mais pour moi les choses en ce moment sont les mêmes : ma vie est en mouvement. Je ne vais pas répéter pour la troisième (quatrième ?) fois qu’il se passe énormément de choses et que cela impacte tout autant ma vie que mon écriture. Vous l’avez compris depuis quelques articles déjà et je peux, à ma façon, tenter de vous expliquer comme les choses évoluent pour moi.

La manière la plus simple de vous présenter ce qui se passe, c’est d’imaginer l’ouverture d’une porte qui mènerait à un croisement. Mais pas le genre de routes qui nous demande de partir soit à gauche, soit à droite — et ce, même si j’en arrive à un point où je dois faire des choix. Ce que je découvre ressemblerait plutôt à des routes parallèles qui se dévoilent et me montre que ma voie n’est plus unique, mais multiple.

Depuis quatre ans, depuis l’ouverture de ce blog et la sortie de Pandore, je me considère seulement comme une écrivaine. Je m’accrochais à cette identité comme à une bouée de sauvetage. Elle a fait son travail, me sauver de moments difficiles pour me permettre d’avancer à nouveau et de croire en moi. Mais toujours est-il que si elle m’a permis de me transformer, elle a commencé un peu par m’étouffer. Je ne me rendais pas compte qu’il me manquait quelque chose et que l’écriture, aussi importante soit-elle à mes yeux et dans ma vie, ne réussirait jamais à me combler à chaque instant. Je ne le voyais pas ainsi, mais je comprends aujourd’hui pourquoi les premiers mois de l’année ont été difficiles, me menant encore et toujours à prendre du recul, à faire des pauses. L’envie d’écrire et de terminer mes romans n’était pas assez forte par rapport à ce que je vivais.

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Ces derniers temps, je me suis découverte. Jamais je n’aurais pensé savoir si peu de choses sur moi et pourtant, je me découvre un peu plus encore chaque jour. Je suis loin de n’être qu’une écrivaine, loin de n’être apte qu’à écrire, mais plus que tout loin d’avoir dans ma vie un seul et même chemin. Ce projet personnel dont je vous parlais dans l’article précédent me permet de me connaître autrement et de voir que ma vie ne m’offre pas un chemin unique. Mais surtout, et c’est le plus important encore, que si l’écriture venait à ne jamais être une de mes réussites, cela ne voudrait pas dire que j’ai échoué, que je ne vaux rien et que ma vie est finie.

La pression que je posais sur l’écriture et sur mes épaules était ce qui m’étouffait le plus. Parce que vu mon imaginaire et mon envie de toujours voir plus grand, je me disais : « Mais, quand est-ce que tu vas publier ? Quand est-ce que tu vas pouvoir t’accomplir ? » Et à chaque fois que je n’arrivais pas à avancer, à chaque fois que j’avais l’impression que le chemin serait beaucoup trop dur, je rajoutais à cette pression un peu plus de poids. L’écriture est un élément merveilleux dans ma vie en lequel je crois de tout mon cœur. Les histoires, qu’elles soient écrites ou lues, font des choses incroyables dans la vie des gens ; elles inspirent, font rêver et permettent de croire. Et c’est là-dessus, sur une chose si merveilleuse que je rajoutais toujours plus de pression et d’objectifs. L’écriture et mes romans ne devenaient plus ce qui pouvait m’inspirer et faire rêver les autres, ils devenaient le gage de ma réussite ou de mon échec. Chaque jour qui repoussait un peu plus loin l’achèvement de mes histoires me faisait me sentir plus nulle encore.

Découvrir que j’étais plus qu’écrivaine, que mes romans avaient bien plus de valeur dans ma vie que leur réussite m’a appris que je ne veux plus une seule seconde croire que c’est dans cet accomplissement d’écrivain que j’ai ma place. Ma place est déjà là, tandis que je respire, tandis que je vis, que je crée et que je vois le monde. Ma place est dans mon cœur qui bat et je n’ai rien à prouver à personne. Je ne veux plus me retourner le cerveau à me demander ce que pense les autres de mon mode de vie ou de la façon dont je réussis ou non. Mes romans ont déjà le plus bel effet sur moi, maintenant, et s’ils ne viennent jamais à être publiés, cela n’enlèvera rien à leur valeur, ni à la mienne.

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Aujourd’hui, je veux croire en ce qu’il y a de plus beau, en ce qu’il y a déjà en moi et en ces choses qui entourent ma vie et me rendent heureuse. Brandon Sanderson a écrit dans La Voie des Rois : « Le voyage avant la destination, la vie avant la mort. » À cela j’ajouterai : l’écriture avant la réussite ; croire en moi maintenant plutôt qu’au jour où je serais « soi-disant » accomplie. Croire que c’est maintenant que ma vie existe et pas dans ce qu’elle sera plus tard. Miser son présent pour réaliser un futur, c’est s’oublier soi quand on est encore en vie. Je veux croire en l’essentiel, en ce qui m’anime et en ces histoires qui tournent dans ma tête. Je veux les écrire, non pas parce qu’il le faut et que ce sera ma seule façon de réussir, mais parce que je les aime, qu’elles m’inspirent et que j’ai envie d’écrire.

Dans notre société, on demande ce que l’on veut devenir plus tard. Notre futur est fait de nos rêves et rêver est l’une des plus belles choses qui existent en ce monde, mais le présent est un cadeau plus précieux qu’on ne l’imagine. Il a bien plus de valeur que ce qu’on lui accorde et le sacrifier pour ce qui pourrait advenir demain est une perte de temps. Je veux vivre maintenant, pas dans quelques années. Mais surtout, et comme le dit si bien cette citation de John Lennon : « Quand je suis allé à l’école, ils m’ont demandé ce que je voulais être plus tard. J’ai répondu : heureux. Ils m’ont dit que je n’avais pas compris la question. J’ai répondu qu’ils n’avaient pas compris la vie. »

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Oui, j’ai envie d’écrire, de créer, de dessiner. Oui, j’ai des projets par dizaines en tête. Je veux vivre une vie créative, mais je veux être heureuse avant tout, épanouie dans l’instant et pas plus tard.

Aujourd’hui, mon avenir est une magnifique page blanche. Depuis que je rêve d’écrire, j’avais ce plan bien tracé dans ma tête. Écrit tel livre, réécrit-le, envoie-le aux maisons d’éditions. C’était un chemin tout droit, tout tracé et pendant un temps j’ai cru qu’il me rendait heureuse, mais c’était faux, ce n’était pas suffisant. Parce que le bonheur se trouve à l’intérieur et pas dans ce que l’on fait. Et pendant toutes ces années, à chaque fois que je tombais, je regardais cet avenir tracé en me demandant s’il se réaliserait jamais un jour.

Aujourd’hui, mon avenir est blanc, mais je n’ai pas peur. Je n’ai pas peur de l’inconnu qui se dresse devant moi, ni des changements qui interviennent dans ma vie en ce moment. J’ai eu assez peur pour une vie entière. Maintenant, j’ai envie d’avoir confiance et de croire que chaque jour où je vivrais l’essentiel sera un jour où je serais heureuse. Parce que désormais, mon bonheur ne dépendra plus de mes romans, ni de mes réussites, car il se trouve déjà au fond de moi.

Je vous souhaite de trouver ce qui vous comble à l’intérieur, de tout cœur.

Bannière Caroline Dubois

{Images : Canva/Pixabay}