Réécriture : Nos propres erreurs…

La réécriture est une étape importante dans la vie d’un roman et plus largement, elle lui est bénéfique. Grâce à elle, le roman prend de l’ampleur, s’améliore, accède à un nouveau niveau et se rapproche un peu plus de ce qui se trouve dans l’esprit de l’écrivain. La réécriture permet de donner une nouvelle vie à nos histoires, de les changer en quelque chose de meilleur qui sera lue avec plus d’attention. Elle est ce qu’il y a de mieux pour un roman. Peu importe si c’est la première ou la quatrième, une réécriture restera toujours l’étape qui permet d’améliorer ce qui existe. Et pourtant, malgré tout le bien qu’elle veut à nos romans, la transition entre la fin d’un roman et sa réécriture nous met dans une position loin d’être agréable.

Si la réécriture nous offre la possibilité de faire mieux, c’est surtout parce que notre texte n’est pas encore à la hauteur et les réécritures, quelles qu’elles soient, nous amènent toujours face à nos propres erreurs, à nos propres choix. Et c’est dans ce face à face que l’on est aussi confronté à soi-même. Qu’est-ce que la réécriture sinon un jugement de nos textes, un jugement de ce que l’on a réussi à réaliser, sans grande facilité la plupart du temps. La réécriture nous demande de remettre en question ce que l’on a déjà eu de la peine à sortir !

Ce n’est jamais simple de devoir se juger et nos propres jugements sont toujours bien plus difficiles que ceux d’une autre personne. On a tendance à être très dur envers nous-mêmes et si la réécriture nous demande d’avoir du recul sur notre texte, ce n’est jamais simple d’éviter de tomber dans les doutes, les regrets et les jugements.

Écrire un premier jet est une étape formidable pour un roman, peu importe si c’est le premier ou si on en est à son deuxième, troisième livre, la sensation sera toujours la même. Écrire un premier jet nous donne une grande satisfaction, on a réussi à passer toutes les phases difficiles, à survoler les pages blanches, on a donné le meilleur de soi-même. Et la réécriture, réalisée quelques semaines, quelques mois, voire quelques années plus tard, nous confronte à toutes nos erreurs et il est difficile de ne pas se dire que l’on a échoué. C’est tellement évident de se dire, maintenant que l’on a du recul, que notre texte ne vaut pas ce que l’on avait en tête. On a l’impression de n’avoir rien fait, de ne pas avoir assez travaillé. Et pourtant, on sait à quel point on a donné de notre personne lors de son écriture. Nous mettons toujours notre cœur dans un récit, c’est une partie de notre temps qui s’envole avec les mots.

Que l’avis soit le vôtre après une relecture ou celui d’un autre lecteur, vous serez toujours confronté à vos propres erreurs, aux choix que vous avez faits lors de la rédaction et qui ne se sont pas révélés astucieux, aux personnages pas assez présents ou expressifs, aux décors pas assez décrits ou encore aux incohérences nombreuses. On a une grande sensation de vide lorsqu’on s’apprête à faire une réécriture, parce que, comme je le disais plus haut, on a l’impression d’avoir échoué à l’écriture de ce premier jet, de ne pas avoir tout donné, mais aussi parce que l’histoire ou sa forme va devoir changer.

Malgré les erreurs évidentes qui doivent être changées ou améliorées, le premier jet d’un récit reste notre bébé. On sait à quel point ça a parfois été dur de l’écrire et c’est difficile de se dire qu’on va devoir en effacer une partie, en ajouter des morceaux qu’on ne prévoyait pas ou encore de modifier même des instants qui nous plaisaient, mais n’ont finalement pas leur place. L’écriture d’un premier jet est à l’image d’une maison que l’on viendrait de construire de nos propres mains pendant des années, sauf que la dure réalité de cette réécriture est que l’on doit démonter cette maison pour mieux la reconstruire. C’est long, fastidieux, on est épuisé par avance par le travail qui s’annonce et on regarde parfois les éléments que l’on a appréciés, espérant les sauver dans cette déconstruction, histoire de garder un petit bout de la première version.

Même si le terme est un peu grand, la réécriture nous demande de faire le deuil d’une première histoire. Si dans notre esprit, la tâche est difficile, on a tendance à oublier que des cendres de ce premier jet renaîtra un livre plus fort et plus beau. Malgré toute la difficulté que l’on a vécue en écrivant un premier jet, toutes les confrontations à nos doutes, à nos erreurs lors de la réécriture, toutes ces étapes sont bénéfiques pour notre propre chemin d’auteur et notre propre histoire.

La réécriture est bénéfique, même si ça ne fait pas plaisir de traverser ce chemin, surtout quand on est très attaché à ce que l’on a réussi à faire. Pour l’avoir vécu un bon nombre de fois, la réécriture est une véritable confrontation à soi-même, à son écriture du passé. À chaque fois. Cette fois-ci, avec la réécriture de La Voix d’Origine, je vis une passade difficile, car je suis très attachée à cette première version de l’histoire et je sais que cette réécriture s’annonce bien plus importante que la première. Je vais devoir déconstruire ma maison, adopter une nouvelle forme tout en gardant les pièces et en ajoutant certaines. Cette réécriture me demande de faire de grands choix, d’enlever parfois des parties que j’affectionne tout particulièrement, mais qui me bloquent, empêchent mon roman d’atteindre le palier suivant.

On ne sait jamais à combien de réécritures nous serons confrontés, ni à quel point elles peuvent être différentes les unes des autres, mais malgré les difficultés, je sais que ce n’est que pour aller vers quelque chose de meilleur, de plus beau. J’ai en tête ce que sera La Voix d’Origine une fois la reconstruction terminée et je sais, au plus profond de mon cœur, que je me dirige vers la vérité de cette histoire. Je sais que je vais lui offrir le meilleur et donner aux lecteurs une histoire plus intéressante à lire, mais le passage de la prise de conscience à l’action même de réécrire est difficile à effectuer. Il faut un temps pour s’adapter, pour accepter.

Si vous-même avez vécu une réécriture ou si vous êtes sur le point de réécrire, vous savez à quel point c’est important. Vous savez à quel point c’est dur de se remettre en question, d’accepter ses propres erreurs pour passer à la suite. Vous savez qu’il est dur d’abandonner des parties de son histoire que les lecteurs ne connaîtront jamais. Mais vous savez aussi, au fond de vous, que la réécriture est une étape aussi merveilleuse que l’écriture elle-même, car chaque jour, vous avez la chance de rendre votre récit meilleur. Chaque jour, à chaque nouvelle page, vous avez la possibilité d’appliquer ce que vous avez appris entre l’écriture et la réécriture.

Car le temps passe. Et le temps véhicule les savoirs. Entre ces deux étapes, vous aurez lu de nombreux livres, vous aurez appris des choses sur internet, vous aurez remarqué des éléments dans votre vie qui vous semblent importants pour l’écriture, vous aurez compris, eu des prises de conscience sur votre propre façon d’écrire. Et c’est en cela que même si c’est la facilité, on ne doit pas mal se juger pour les erreurs commises lors du premier jet, parce qu’à l’instant où l’on a écrit, nous avons fait de notre mieux avec les moyens et les savoirs que nous avions à notre disposition. On ne pouvait pas faire mieux, on a fait exactement ce qu’il fallait.

Et aujourd’hui, à l’heure de la réécriture, de nouvelles possibilités s’offrent à nous. Les leçons apprises nous ouvrent un peu plus l’esprit, agrandissent le champ des possibles. On a de nouveaux bagages en main qui nous permettront d’améliorer notre histoire. Aujourd’hui, nous avons une opportunité, et comme dans chaque récit, nous plongerons tête la première, nous ferons de notre mieux face aux étapes qui se présenteront à nous et nous améliorerons page après page, chapitre par chapitre, l’histoire que nous avons créé.

La réécriture est bénéfique pour un roman, malgré tout ce à quoi elle nous confronte, car c’est l’étape qui rend notre livre meilleur, c’est l’étape qui fabrique nos bagages d’écrivain. La réécriture est un moment qui vaut d’être vécue, car avec tout ce qu’elle nous apporte, je suis convaincue qu’elle la plus belle des « secondes chances ».

Bannière Caroline Dubois

{Images : Snappa}

Enregistrer

Enregistrer

Publicités

5 réflexions sur “Réécriture : Nos propres erreurs…

  1. D’accord avec cette jolie analyse 🙂 même si, pour ma part, la phase d’écriture de la fin du premier jet est aussi un grand moment de douleur car j’ai tendance à anticiper la réécriture (je me dis que ce que je fais est nul et que la réécriture va être compliquée…).
    Mais comme toi, je pense que la réécriture est essentielle et nécessaire et je n’arrive pas à comprendre les auteurs qui font sans :s (comment font-ils ?!!!)

    Aimé par 1 personne

    1. Merci ! 🙂

      L’anticipation de la réécriture, je le vis généralement au début de mon roman. J’ai du mal à me lancer car je redoute les erreurs que je vais commettre, mais une fois dépassé j’essaye de ne plus m’en préoccuper. Heureusement pour moi, la fin est un vrai soulagement et j’enchaîne les chapitres sans peine. Mais je comprend ta situation, ça ne doit pas être simple d’être ralenti de cette façon !

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s