Le temps et l’écrivain

Bonjour à tous !

Il y a quelques années, quand j’entendais « Il faut du temps pour avoir une bonne écriture / être un bon écrivain » je dois avouer que cela me mettait un peu sur les nerfs. Il faut dire que dans cette phrase, je n’entendais pas la possibilité qu’un jour je puisse m’améliorer, j’entendais le fait qu’à ce jour, je n’étais pas assez bonne ou que mon écriture n’était pas satisfaisante. Comme si je n’aurais la chance d’avoir une bonne écriture que bien des années plus tard.

Ce genre de phrase me touchait beaucoup dans les premiers temps, quand je me suis lancée dans l’écriture, parce que c’était comme si je n’étais pas assez douée pour être écrivain, pour le prétendre et qu’il me faudrait attendre avant de pouvoir obtenir une publication ou atteindre un bon niveau d’écriture. Ça me faisait mal, parce que cela touchait à mon rêve et qu’au fond de moi, je voulais le réaliser « maintenant » et pas dans dix ans.

C’est principalement le fait de me consacrer à plein temps à mon écriture, grâce à mes parents, que ces mots me touchaient autant, parce que je voulais que ça se fasse maintenant. Je voulais commencer à écrire, à publier des livres et à instaurer dans ma vie ce travail que j’ai choisi pour le restant de mes jours. Quand on me disait qu’avec le temps, j’aurais un style meilleur, c’était comme un coup dur sur ces jours que je vivais, en plein dans la construction de mon rêve.

Si je n’avais pas ce blog, ma famille et des amis à qui en parler, mon projet resterait secret, caché et je serais tellement isolée que peu de gens comprendraient à quel point j’ai envie de faire de l’écriture mon métier. C’est un plan de vie, pas des plus communs, je ne fais pas d’études ; l’essentiel de ce que j’apprends se trouve dans des documentaires que je regarde, des vidéos en ligne ou bien au fil de mes recherches pour mes livres. Je ne travaille pas en parallèle, je me consacre uniquement à mon écriture et mes livres.

C’est comme si j’étais dans une réalisation sans fin, ce que je construis reste en grande partie invisible pour mon entourage. On ne sait pas concrètement ce que je fais et si, lorsqu’on me demande ce que je fais dans la vie, je réponds que je suis écrivaine (avec plus de facilité qu’avant), cela reste assez flou parce que le seul livre que j’ai publié a été créé grâce à l’auto-édition et que je ne le défends pas en salon comme certains pourraient le faire. Je suis dans l’ombre, dans le secret malgré tout ce que je peux partager avec vous ou avec mon entourage. Tant que je n’aurais pas envoyé mon manuscrit, qu’il ne sera pas publié par une maison d’édition, je resterais dans cet état en suspens sur la création de la prochaine partie de ma vie.

Tout ça pour vous dire que lorsqu’on me disait que le temps était associé à une « bonne écriture » je ne le prenais pas aussi bien que j’aurais dû. Cela m’a découragé plus d’une fois. J’avais l’impression de perdre mon temps, comme si je ne serais douée qu’une dizaine d’années plus tard et que pour le moment, le travail que je fournissais n’était pas à la hauteur des attentes.

Je me suis bien trompée. Je ne m’en veux pas d’avoir réagi à ce genre de phrase de cette façon, c’était ce que je devais vivre et aujourd’hui je comprends le sens de ces paroles. La majeur partie de ceux qui les ont dites, que ce soit dans mon entourage ou bien même sur internet ou dans les articles sur l’écriture, ne disait pas cela négativement. Cela me touchait personnellement, parce que je voulais être opérationnelle « tout de suite » et pas une fois que le temps aurait fait son œuvre. Pendant longtemps, j’ai cru que j’étais impuissante face à ma qualité d’écriture, face à mon apprentissage, comme si je ne pouvais rien y faire et que seul le temps pourrait m’aider.

J’ai continué à écrire, parce que ça fait partie de ma vie, mais il restait toujours une partie de moi qui était déçue de ce que je produisais. Je culpabilisais de ne pas être une bonne écrivaine, que pas assez de temps ne s’était écoulé pour que mon écriture vaille le coup d’œil.

Aujourd’hui, cela fait cinq ans que je suis engagée dans ce plan de vie, dans la réalisation de mon rêve de devenir écrivain. Et pendant cinq ans, j’ai appris de nombreuses choses. Tout d’abord sur moi-même et ma capacité à persévérer peu importe les montagnes qui se dressaient devant moi. J’ai appris des tas de choses concernant les romans, leur création, leur évolution au fil du temps. Et j’ai aussi appris ce que cette phrase voulait vraiment dire et ce que le temps apporte à l’écriture.

Le temps n’est pas le mot qui aurait dû être utilisé, c’est probablement à cause de ce mot que je me suis fait peur autant de fois et que j’ai cru n’être capable de rien. On aurait dû remplacer ce mot par « expérience » et l’expérience se gagne à la vitesse que l’on veut. L’écriture se bonifie avec le temps, non pas parce que le temps lui-même (ni l’âge) joue quelque chose sur notre qualité d’écriture, mais parce que le temps apporte l’expérience. Pendant des jours, des semaines, des mois et des années tout ce que l’on acquit, que l’on apprend permet d’avoir une meilleure écriture et de s’améliorer considérablement.

En entendant ces phrases, j’avais l’impression que j’étais impuissante face au temps, face à mon jeune âge, alors qu’en fait il suffit tout simplement d’être curieux de tout. Comment avoir une meilleure écriture ? La réponse n’est pas : il faut du temps ! La réponse est : sois curieux ! Il faut lire des romans de tous genres pour découvrir de nouveaux horizons, s’offrir de nouvelles possibilités. Il faut regarder des documentaires, lire des articles, regarder des films et essayer de comprendre comment ils sont créés. Pas la peine de s’intéresser à l’écriture en elle-même, parce que c’est personnel, mais s’intéresser à tout pour trouver ce qui nous inspire et ce qui nous lance dans la bonne direction.

Par exemple, j’ai lu le livre de Stephen King : Écriture, mémoire d’un métier. Et si j’ai trouvé son point de vue intéressant, je n’ai pas adhéré à tous ses conseils. L’écriture, c’est le reflet de notre âme et ce qui fonctionne pour l’un ne fonctionnera pas pour un autre. Si j’essaye d’écrire tous les jours, il m’arrive parfois d’avoir besoin d’une pause pour recharger les batteries. Ce n’est pas grave, c’est mon mode de fonctionnement et je l’ai compris.

Aujourd’hui je comprends que chaque année qui s’est déroulée depuis que j’ai pris ma décision n’était pas inutile. Le temps n’œuvre pas sur mon écriture, ce sont mes propres choix, mes propres apprentissages qui me permettent d’agir sur cette qualité. Les nombreuses lectures que j’ai découvertes m’apprennent à aborder les personnages de façons différentes, d’oser innover sur certaines formes d’écriture et de ne pas hésiter à exprimer ma propre voix. Il n’y a pas de recette à proprement dite pour bien écrire. Je crois qu’au lieu de « Ça prends du temps pour bien écrire » j’aurais aimé entendre « Si tu aimes écrire, c’est que tu as ça dans le sang. Et si tu veux t’améliorer, ne cherche pas à atteindre une qualité mais à comprendre ce que tu peux améliorer, trouve ce qui te permettra de faire quelque chose de mieux. » Mais avant toute chose, j’aimerais dire que ce n’est pas parce que tu peux t’améliorer, évoluer et devenir une meilleure version de toi-même, qu’à cet instant tu ne vaux rien.

Ce n’est pas parce que l’expérience de la vie me permettra d’avoir une meilleure écriture, qu’aujourd’hui je suis nul·le et sans qualités. On peut toujours s’améliorer et dans n’importe quel domaine. J’ai compris aujourd’hui que je devais voir ce temps à venir et cette expérience que j’allais acquérir comme une merveilleuse possibilité et pas comme un don qui me tomberait dessus un beau jour parce que j’ai été assez patiente pour le mériter. Cette expérience n’est pas quelque chose dont j’ai besoin pour écrire, c’est à moi de décider quand je veux m’améliorer et quand je veux exprimer ce que j’ai à dire sur l’instant, peu importe ce que les autres ont à dire là-dessus.

Ce qui compte dans l’écriture, c’est ce que l’on veut transmettre. Je peux bien savoir des quantités de choses, cela ne veut pas dire que la façon dont je vais les transmettre est la bonne. L’essentiel est ce qu’il y a dans le cœur et pour ce qui est du reste : de la qualité d’écriture, de la qualité d’une histoire, de l’épaisseur des personnages… Tout cela ne dépend que de ce que nous choisissons. Osons exprimer notre propre voix lorsqu’on a besoin de parler, le reste suivra. Dites ce que vous avez à dire. Ce que vous pouvez apprendre n’est qu’un bonus.

Si vous avez envie d’écrire ou que vous avez des histoires à raconter, croyez-moi, c’est suffisant. Tant que vous gardez précieusement cette envie comme une petite flamme fragile, vous pourrez affronter le temps et les montagnes. Personne, à part vous-même, n’a la mainmise sur votre destin. Ni le temps, ni votre âge, ni votre entourage, ni votre écriture.

 

 Le temps n’est pas l’ennemi de l’écrivain, il lui ouvre la porte de tous les possibles.

 

Je vous souhaite une bonne journée !

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{Image : Snappa}
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