Être écrivain

Bonjour à tous !

La pause estivale du blog me fait beaucoup de bien et pourtant, ce n’est pas parce que je ne poste pas d’articles que je n’ai pas de nombreuses idées de textes ou de pensées à vous partager. Si j’avance particulièrement bien sur mon roman Le Pacte du Magicien, ça n’était pas le cas fin 2016, ni même pour La Voix d’Origine il y a quelque temps. Ces derniers mois ont été plutôt difficiles à encaisser pour moi. Vous l’aviez remarqué avec mes indécisions, mes changements de plan… Je n’étais pas en phase avec moi-même. Il y avait un peu de pression pour plusieurs raisons (que j’étais la seule à me mettre sur les épaules) et je n’ai pas réussi à faire avec jusqu’à ce que l’été arrive et que je prenne la décision de faire une pause sur le blog.

Ce que cela m’a apporté, une belle reconnexion avec mon écriture. Ça m’a permis de comprendre un peu plus pourquoi ces derniers temps j’avais du mal à progresser dans mes romans, mais aussi pourquoi j’avais tant besoin de l’écriture. Mais en plus de me ramener à une écriture productive et quotidienne, cette pause m’a permis de réfléchir et surtout de relativiser sur ce que c’est d’être écrivain. Aujourd’hui, j’aimerais vous partager ces quelques pensées qui j’espère pourront vous aider si vous traversez le même chemin que moi.

Tout d’abord, être écrivain c’est accepter de se qualifier comme tel. Ce n’est pas évident d’assumer ce titre surtout quand la plupart du temps on n’a pas l’impression d’être légitime, ni même de le mériter. On pense à tort qu’il faut avoir partagé ses histoires ou publié un livre, qu’il faut gagner de l’argent avec ses écritures ou bien encore qu’il faut être connu. Mais quand on est dans sa maison, loin de tous les regards et qu’on est parfois la seule personne à savoir qu’on écrit, on n’a pas idée de se présenter comme étant écrivain aux autres.

Cette non-acceptation de ce que je suis, j’ai mis du temps à l’effacer de mes pensées. Si je me suis rapidement présentée comme telle aux autres, c’est surtout parce que je n’ai pas d’autre métier et que je n’allais pas dire que je ne faisais rien alors que j’écrivais. Mais le dire aux autres, ce n’est pas forcément se le dire à soi. S’accepter comme étant un écrivain à part entière est presque plus difficile, parce que encore une fois on a l’impression de ne pas mériter cette place, ce titre. C’est encore pire quand on n’a pas confiance en ses écrits, là, prétendre être écrivain serait presque de la prétention.

Et pourtant, qu’est-ce que c’est être écrivain ? Si vous cherchez sur internet, la définition est, selon le Larousse : une personne qui compose des œuvres littéraires. Vous en faut-il plus pour croire en vous ? Certains me diront peut-être : et si on a envie d’écrire mais qu’on n’y arrive pas ? À cela je vous répondrai qu’un écrivain dans l’âme ce n’est pas celui qui a terminé son livre, publié ou pas, c’est celui qui a une histoire à partager, des idées à mettre sur papier. Que vous arriviez ou non à écrire, cela dépend de votre personnalité d’écrivain et je vais y revenir un peu plus tard, mais que vous ayez envie désespérément d’écrire, que vous ayez besoin de partager une histoire, pour moi, cela a tout autant de valeur que quelqu’un qui a terminé son roman. Être écrivain, c’est avant tout être passionné, avoir des histoires plein la tête.

Viens alors l’idée de la qualité. Qu’est-ce que l’on vaut en tant qu’écrivain ? Est-ce que notre écriture est belle, intelligente, simple ou complexe ? On finit toujours par se poser la question et se comparer aux autres. On lit nos auteurs préférés et on finit par douter de nous, de notre capacité à écrire et tout simplement on finit par ne plus croire en nous-mêmes. La comparaison est un sujet que j’ai déjà traité, mais c’est l’un des principal obstacle pour que nous nous acceptions comme écrivains. Mais en plus de la comparaison, il y a aussi le jugement que nous portons sur notre propre écriture. Combien de fois avons-nous effacé une phrase parce qu’elle ne sonnait pas bien à l’oreille, parce qu’elle n’était pas assez parfaite ? Combien de fois avons-nous détesté notre écriture parce qu’elle ne nous ressemblait pas ou n’avait rien à voir avec ce qu’on voulait retranscrire ? Combien de fois l’écriture semblait bien trop difficile à sortir de notre tête ?

Oui, partager une histoire, quand on veut être écrivain, ça passe par l’écriture. Et il n’y a que ceux qui ont essayé qui peuvent savoir combien ça peut être dur d’écrire, même quand on en éprouve l’envie, parce que la confiance n’est pas là, tout comme l’inspiration peut se faire silencieuse. Et pourtant, peu importe notre envie, on finit toujours par ne pas s’accepter comme étant écrivain si on ne réussit pas à écrire. Peut-être que l’écriture est l’outil qui partage les histoires qu’on a en tête, mais cela ne nous définit en rien et cela ne dira jamais de nous que nous ne sommes pas écrivains. Nous le sommes, un point c’est tout. C’est inné.

C’est un peu comme un pouvoir magique qui se manifesterait à différents âges. On peut avoir la vocation de devenir écrivain très jeune, comme je l’ai eu à huit ans, on peut l’avoir au lycée, à la sortie de l’université, à quarante, cinquante ans… Peu importe, c’est un don, un outil. Diriez-vous d’un magicien qu’il ne l’est pas s’il n’utilise pas ses pouvoirs ? Voilà qui devrait répondre à votre question.

Et une fois qu’on a accepté de se qualifier comme étant écrivain, qu’on le clame haut et fort ou non, il reste toujours à accepter notre personnalité d’écrivain. La comparaison avec d’autres écrivains revient sur le tas d’une façon différente. Si, comme moi, vous avez longuement cherché à vous améliorer, à apprendre comment écrire un roman, vous êtes sûrement tombé sur de nombreux sites, de nombreux blogs où des écrivains racontent leur quotidien, leur façon de faire. Et c’est là qu’on commence à cogiter.

On va lire une fois qu’un auteur a écrit en un mois un livre et soudain, ça va nous ramener à nous, à notre capacité à écrire, à la vitesse à laquelle on le fait. Pourquoi l’humain est si dur envers lui-même ? J’espère un jour élucider la question. Toujours est-il que nous allons nous comparer à leur personnalité d’écrivain. Nous allons nous dire : je devrais écrire mon roman en un mois, je devrais en écrire deux par an, je devrais écrire tant de mots par jour ou encore je devrais avoir tant d’idées pour des histoires… Qu’est-ce que tout ça ? Ça me fait penser à des fleurs tropicales qu’on essaierait de faire pousser dans un jardin anglais. Ça ne fonctionne pas parce que ce n’est pas notre mode de fonctionnement, ce n’est pas notre vraie nature. Les écrivains sont ce qu’ils sont et les outils des uns ne fait pas le bonheur des autres.

J’ai longtemps eu du mal et je ne prétends pas avoir résolu complètement le problème, mais ces dernières semaines j’ai beaucoup réfléchi à cette question. Depuis mars dernier, il me semble, j’ai décidé de réécrire La Voix d’Origine et en trois quatre mois je n’ai réussi à écrire que trois chapitres. Pendant ce temps, je ne me suis pas dit que tout allait bien et que c’était le temps dont j’avais besoin, non, j’ai passé ce temps à me dénigrer parce que je ne faisais pas comme les autres écrivains, parce que je prenais trop de temps.

À force de se répéter cela, on finit par croire qu’on n’est pas écrivain du tout et ça m’a sérieusement fait douter pendant un moment. Finalement, suis-je faite pour cela ? Est-ce que je ne me suis pas faite de fausses idées ? Aujourd’hui, j’ai envie de me secouer comme un cocotier et de me sortir une bonne fois pour toutes ces idées de la tête. Je suis l’écrivain que je suis. Si pendant trois mois j’écris trois chapitres, c’est que c’est ainsi que je fonctionne. Et si le mois d’après j’écris un chapitre par jour, alors c’est parce que tout va bien.

J’aimerais une bonne fois pour toutes nous faire comprendre que le temps dont nous avons besoin pour écrire un roman, le style de notre écriture ou sa qualité est quelque chose de personnel. Je ne peux pas me comparer à quelqu’un d’autre quand bien même nous ayons les mêmes goûts littéraires, le même âge et les mêmes envies, tout simplement parce que j’ai une personnalité d’écrivain qui m’est propre et que je dois l’accepter. Je dois accepter aujourd’hui que parfois j’aurai besoin de temps, parfois j’aurai besoin de pauses, mais que toujours j’aurai besoin de me faire confiance pour pouvoir avancer.

Parce que je suis écrivain. Nous sommes écrivains, peu importe ce que les autres en disent, peu importe ce que nous partageons et le temps que cela prendra.

Bannière Caroline Dubois

{Images : Pixabay / Snappa}

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7 réflexions sur “Être écrivain

    1. Je te remercie !

      Je suis d’accord, écrire c’est vivre de nombreuses émotions et l’idée de cet article, c’est vraiment de les accepter pour laisser place nette à notre imaginaire et à notre envie/besoin d’écrire. 🙂

      J'aime

  1. « Vous demandez si vos vers sont bons. Vous me le demandez à moi. Vous l’avez déjà demandé à d’autres. Vous les envoyez aux revues. Vous les comparez à d’autres poèmes et vous vous alarmez quand certaines rédactions écartent vos essais poétiques. Désormais (puisque vous m’avez permis de vous conseiller), je vous prie de renoncer à tout cela. Votre regard est tourné vers le dehors ; c’est cela surtout que maintenant vous ne devez plus faire. Personne ne peut vous apporter conseil ou aide, personne. Il n’est qu’un seul chemin. Entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire : examinez s’il pousse ses racines au plus profond de votre coeur. Confessez-vous à vous-même : mourriez-vous s’il vous était défendu d’écrire ? Ceci surtout : demandez-vous à l’heure la plus silencieuse de votre nuit : « Suis-je vraiment contraint d’écrire ? » Creusez en vous-même vers la plus profonde réponse. Si cette réponse est affirmative, si vous pouvez faire front à une aussi grave question par un fort et simple : « Je dois », alors construisez votre vie selon cette nécessité. »

    C’est un extrait de des Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke, et je le trouvais ici fort à propos 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ce partage, cet extrait est bouleversant de sens ! Je me suis déjà posée cette question, si on m’interdisait d’écrire, comment je le vivrais ? Et ce serait comme être privé d’oxygène.

      Magnifique, merci encore, je suis contente d’avoir découvert ces mots !

      Aimé par 1 personne

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